Publication Date

7-2007

Abstract

Au bout de six mois d’une vaste série d’auditions et de déplacements qui lui ont permis d’explorer l’ensemble de son champ d’investigation, la mission commune d’information sur le fonctionnement des dispositifs de formation professionnelle dresse le tableau relativement pessimiste d’un système marqué par la complexité, les cloisonnements et les corporatismes : les trois maux de la formation professionnelle. Ces maux sont le résultat d’une histoire riche et complexe. La politique de formation professionnelle a subi en effet de fortes tensions depuis l’adoption de la loi du 16 juillet 1971, initiée par le président Jacques Delors et fondatrice de l’architecture actuelle du système. Largement inspirée, initialement, par l’idée de promotion professionnelle et sociale - il s’agissait de donner une « seconde chance » aux salariés n’ayant pas bénéficié d’une forte qualification au cours de leur formation initiale - cette politique a été, avec la montée du chômage, de plus en plus inscrite dans la mouvance de la politique de l’emploi, jusqu’à participer au traitement social du chômage à côté d’une multitude de contrats spécifiques et de dispositifs d’aide à l’emploi multipliés jusqu’à la pléthore. Alors que le nombre des contrats aidés croissait sans cesse1, que le nombre des aides aux entreprises approchait 2 550 tous bailleurs confondus2, le système de formation professionnelle s’est développé par sédimentation de dispositifs et ajouts de tuyaux d’orgues. 1 Il est vrai cependant que la loi de cohésion sociale du 18 janvier 2005 a rationalisé la palette des contrats aidés. 2 Selon l’observatoire des aides aux petites entreprises, cité dans le récent rapport du conseil d’orientation pour l’emploi sur les aides publiques. - 14 - La complexité s’inscrit ainsi dans un mouvement qui dépasse la formation professionnelle. Le système n’en conserve pas moins une façade admirablement rationnelle, même si cette architecture est accessible aux seuls initiés : sur le soubassement à deux degrés de la formation initiale et de la formation continue, s’élève la colonnade des dispositifs dédiés à des publics distingués selon l’âge, le statut, les perspectives d’avenir… D’où les cloisonnements, dont la réalité vécue s’accommode mal. Tout ceci ne va pas sans financements conséquents, et l’on sait que l’effort consenti par la nation à la seule formation professionnelle s’élevait en 2004 à 24 milliards d’euros. Il était inévitable que les circuits de financement construits selon la logique statutaire du système pour gérer et répartir ces sommes prennent plus ou moins la forme de petites « féodalités » confinées. D’où les corporatismes, dont les urgences de la politique de l’emploi font, il est vrai, parfois plier les résistances. Comment échapper aux trois maux de la formation professionnelle ? Comment passer d’une logique fondée sur la nécessité de dépenser une masse financière disponible à une logique d’investissement impliquant l’obtention d’un résultat ? Comment passer d’une logique de traitement social de l’échec scolaire et du chômage à une logique de réponse aux besoins des salariés en quête de sécurité professionnelle ou de promotion sociale, aux besoins des entreprises faisant face aux défis de la mondialisation et de la concurrence, aux besoins des territoires pour lesquels l’adéquation à moyen et long terme des formations disponibles à la structure du tissu économique est un enjeu vital ? Comment conduire le système de formation initiale et continue à véritablement appréhender une situation dans laquelle la hiérarchisation absurde des voies de formation, la dévalorisation persistante des intelligences pratiques, la méfiance latente à l’égard de l’entreprise, débouchent d’une façon ou d’une autre sur le constat atterrant des 160 000 jeunes quittant chaque année l’enseignement secondaire sans diplôme ou qualification ; sur celui de l’illettrisme touchant 9 % de la population âgée de dix-huit à soixante-cinq ans scolarisée en France ; sur celui du chômage des jeunes actifs s’élevant à 22,8 %, contre 4 à 7 % en Allemagne par exemple ? Comment accepter qu’un fils d’ouvrier ait aujourd’hui dix-sept fois moins de chances qu’un fils d’enseignant ou de cadre supérieur d’entrer dans une grande école, et qu’il court quatre fois plus le risque qu’un enfant de cadre de sortir du système éducatif sans diplôme ? Comment s’accommoder du fait que l’accès à la formation professionnelle soit principalement réservé aux salariés les plus qualifiés, âgés de moins de cinquante ans et travaillant dans les grandes entreprises ? - 15 - Aux trois maux largement responsables de cette situation, la mission d’information a souhaité apporter une réponse formulée autour de trois mots repères : la personne, les partenariats, la proximité. Toutes les propositions dont la liste est présentée à la fin du présent rapport se rattachent à l’un ou l’autre de ces repères : - la personne doit être désormais au centre de la politique de formation professionnelle afin de donner un sens concret et un contenu effectif au concept fuyant de formation tout au long de la vie ; - les partenariats doivent être systématisés et organisés autour de chefs de file dûment identifiés, afin de rendre possible une meilleure allocation des moyens ; - la proximité doit être sans cesse construite, ou son impossibilité doit être compensée, afin de favoriser l’accès de tous à la formation et de répondre aux besoins des territoires. Tel est le cadre à partir duquel la mission d’information a cherché à identifier les moyens de rendre la politique de formation professionnelle plus réactive et plus efficace, car elle constitue l’investissement le plus important pour notre pays et pour chaque Française et Français. Comme l’a dit John Fitzgerald Kennedy : « Une seule chose est plus coûteuse que la formation permanente, c’est l’absence de formation ».

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